Coton à dessous

 

 

Pauline et moi c’est pareil qu’avec sa mère,

On n’arrête pas de s’engueuler mais on s’efforce de s’aimer.

Ceci peut vous paraître quelque peu farfelu,

D’autant plus qu’il y a belle lurette qu’on ne se quitte plus.

La pluie dimanche dernier nous cloua devant la télé,

Un reportage m’a perturbé, quelque chose de gratiné !

De pauvres enfants dévoués au service du coton,

Se faisaient bouffer par notre mondialisation.

 

 

Pendant que Pauline changeait l’eau des patates,

Je me laissais guider par mon instinct de primate.

Le buffet de sa chambre et son miroir écarlate,

Me suppliaient de les visiter avec hâte.

Mais le tiroir du fond connaissait bien mes ambitions,

Aussi sympathique qu’une porte de prison.

Impossible de l’ouvrir avant la saison,

Impossible de l’ouvrir avant la saison.

 

 

Les secondes défilaient, le temps m’était compté,

A la « Starsky et Hutch » je décidais de me la jouer.

Ses barrettes, trop effilées, son fil dentaire pas assez dur,

Cette serrure ne peut céder qu’avec les clés de ma voiture.

Rares sont les blaireaux dépourvus de bonheur,

Face à un tableau d’une telle ampleur.

Un arc en ciel en dentelle,

Et des ficelles de Babel.

 

 

Le son de la télé me remit de mes émotions,

Et sans tarder j’établissais une liaison

Entre le délicieux coton qui tresse les dessous de madame,

Et cette émission qu’on regardait sans état d’âme.

Qui aurait pu s’imaginer que le fruit de cette graine,

Puisse un jour s’échouer sur le cul d’une pouffiasse,

A mille lieux d’où il est né, et favorisant la peine

D’enfants dominés essayant de sortir de l’impasse ?